![]() |
![]() |
"Lo Corrent d'UISHET" , muse des troubadours
|
|
|
|
Paradis de pesca e de caça E, sus la còsta on la mar bron, Lo corrent d'Uishet e la nassa !... Loys LABEQUE |
|
|
L'èi totun anat véder aqueth famús
estanh,
Extrait de " A troubès les Lannes ; 1ère
Cloucade " 1974, per Yanty (Abbé Julien Lesbats ; Herm 1913 - Dax
2000)
|
Rappelez vous : ces
fleurs solitaires, rencontrées au creux d'une dune et emplissant
soudain votre regard. Ces cabanes de résinier, poussées dans
les bruyères comme de gros cèpes de l'automne et que l'on
découvre par hasard au bout d'une piste inconnue. Au bout du monde.
Arrêtons: Il est des lieux qui ne sont pas faits pour le délassement de la plume, mais pour le plaisir des yeux. Le courant d'Huchet échappe au cadre banal de l'appréciation géographique. On le regarde et on le respire, comme les jardins sauvages. Louis DARTIGUES |
|
A bèths còps, a l'estanh de Lon
Extrait de "Sonets de Mar", 1920 ; Césaire
Daugé (Aire-sur-l'Adour 1858 - Aire-sur-l'Adour 1945)
|
LO CORRENT Quin plaser de voler seguir quauque corrent
Lo galupèr que passa esberit, calorent,
Nada votz ne s'enten : sonque frescura e patz.
Que vesen eishentà's e platuisha e brochet,
Césaire Daugé (extrait de "Sonets de Mar", 1920)
|
|
Partir de Linsa, en portà'se'n moscalhs
Seguir tendent medishas arrodadas
Din a la còsta, e dempuish la partida,
E quan, de susor tota blanca,
Césaire Daugé (extrait de "Sonets de Mar", 1920) |
L'homme, un beau garçon aux athlétiques épaules, s'est assis sur le banc. Il empoigne les rames. Ses bras durs se tendent, ses pieds nus se crispent et rythmique et légère, la barque glisse sur l'eau. Elle va, s'ouvrant un passage dans l'étendue fleurie des nénuphars dont les calices sont pareils à ceux des magnolias. Et, entre la rive plate qui fuit et le milieu du lac, les fleurs étoilent l'immense nappe de feuilles vertes... A l'autre horizon, sous la brume matinale, monte, arrondie en molle colline, la dune entièrement boisée de pins qui bleuissent dans la clarté. L'horizon recule, nous voici loin... Le petit béret bleu sur l'oreille, notre pêcheur dont les beaux yeux d'enfant gardent le rêve et la couleur de l'eau. conte ses chasses aux canards sauvages. Il parle un rude sous-dialecte gascon, celui du Marensin, et sa voix gutturale et vive accentue étrangement les e qui, même dans les corps des mots, demeurent muets. Il semble, ainsi que l'a dit un jour le maître écrivain breton, Charles Le Goffic, il semble " qu'il ait dans la gorge comme la rumeur de la mer sur les galets ". Mais nous avons traversé la zone profonde où ne croissent plus les herbes aquatiques. Autour de nous, maintenant, s'ordonne un paysage d'une beauté miraculeuse. L'avant de la barque fraye une trouée dans les champs de " châtaignes " dont les petites feuilles, d'un rouge vif ou d'un vert sombre pointillent de tâches lumineuses la surface de l'eau étincelante. Au-delà, après les grands roseaux de marécages, s'ouvre comme un porche, sous les colonnades de pins géants qui s'étagent au revers des dunes, l'entrée du courant d'Huchet. L'homme a jeté ses rames. Il saisit une " fouane ", sorte de trident à longue hampe, et, debout à l'avant, nous guide dans les méandres de l'eau silencieuse. Elle est d'une transparence telle que les mille nuances du ciel et des plantes s'y réfléchissent, s'y avivent : ors pâles, grenats presque noirs, cuivre orange, ocres sombres. Dans le sillage entre les herbes froissées, mille lueurs aveuglent nos yeux. Des meutes de poissons flottent. Le pêcheur de son œil aigu, fouille les profondeurs. Le trident, brandi à deux mains, jette un éclair, plonge, se relève, nous asperge de gouttelettes, tandis que palpite à ses pointes de fer une anguille tordue que l'homme, avec un geste de dédain, jette à nos pieds. De minute en minute un cri sourd : la fouane plonge, se relève encore, et nous contemplons l'agonie d'une autre victime. De loin en loin, des canaux se creusent entre les touffes gigantesques des roseaux. Ce sont des coulées sombres dans un inextricable delta. L'eau qui s'efforça de gagner la mer, y stagne, arrêtée par les dunes. Parfois, nous frôlons un poste aux canards juché sur pilotis et couvert de brande. Un héron s'enlève d'un vol cotonneux et lourd. Et tout au bout du fouillis de branches, de vergnes et de plantes arborescentes, dans l'échancrure des mamelons boisés de pins, de lièges et d'ajoncs, une muraille blanche se dresse : c'est la dune littorale, et derrière elle monte l'Océan. Nous échouons sur le sable. Nous gravissons la pente mouvante. Sur la crête, une bouffée d'air salin nous pénètre et nous grise. A l'infini, parallèlement à la ligne blanche et nue de la dune, c'est la ligne bleue et nue de la mer. Les sables battus de vagues sauvages sont d'une
inexprimable beauté. Rien n'y vient rappeler l'homme. On ne peut
aborder ici où se brisent des lames trop puissantes. Éblouis,
nous nous retournons pour contempler aussi étagé sur l'autre
pente, parallèlement à ces lignes nues de la dune et de la
mer, un horizon infini de forêts sombres.
Emmanuel DELBOUSQUET (1874-1909) ; Extrait de "Sur les dunes" (publié dans le journal La France de Bordeaux et du Sud-Ouest du 09 septembre 1907) ; Contes, nouvelles et récits de la LANDE et de la Gascogne; tome III ; 2000, p.217 ; Amis du Vieux Nérac.
|
|
Monstre marin qu'on entend mugir dans l'étang de Léon. M. de Lanusse, dernier archiprêtre de Léon, constate l'existence du "boum" dans ses notes manuscrites, et rappelle la croyance très ancienne de la population en cet étrange phénomène. On trouve, en effet, mais écrites au crayon par une main différente, les annotations qui suivent : "Une tradition populaire portait que ces années de cherté de vivres, sécheresse ou froids, étaient annoncées à l'avance par un bruit ou détonation qu'on entendait la nuit dans le pays, surtout dans les endroits marécageux, et qu'on appelait Boum, parce que la prononciation de ce mot reproduit à peu près le bruit qu'on disait entendre. Les gens du peuple attribuent ce bruit au bécut, monstre dont on menace encore les enfants qui pleurent ou qui voudraient sortir la nuit. Les plus érudits l'attribuaient à ces miasmes ou exhalaisons qui s'échappaient des endroits marécageux. Ce boum se faisait entendre par intervalles, et le nombre de fois consécutives qu'on entendait ce bruit indiquait le nombre de livres que coûterait chaque mesure de grain. Boum, d'après certains, immense oiseau qui apparaissait sur l'étang à certaines années pour annoncer la cherté des vivres. (*) Encore une fois ces notes au crayon sont beaucoup plus récentes que les notes à la plume de l'intéressant archiprêtre. On lui en a donc à tort, d'après nous, attribué la paternité. (*) Archives de Léon. Extraits de "Sorcières et Loups-garous dans les Landes" ; Vincent Foix ; 1904. (éd. 'ultreïa, 1988, p.25)
|
L'esprit des eaux. On l'appelle aussi lo Fantòm (lou Fantom). La nuit, il bat les eaux avec violence, on entend sa respiration sifflante et oppressée. Il faut fuir au plus tôt, car si vous l'écoutiez il vous noierait. Les gens trop confiants deviennent ses victimes. Cet esprit des eaux doit être donc classé parmi les esprits malins. Une bonne vieille l'avait surpris un soir dans le canal d'Uchet. je crois l'entendre encore avec son pittoresque et intraduisible parler nous décrivant ses émotions : "L'esprit folet, nous disait-elle, que hèi de bèths riglets. Que flambava l'aiga com s'èra estat ua pompa. Qu'entení las shisnadas, e flamba, flamba, e flamba, flamba. Que'm gahi mon chapelet. Quen anava plam, plam, plam, l'aiga que sautava. E jo lavetz, trucs de corsa e galopar." (*) (*) "L'esprit follet poussait de grands cris, il
frappait l'eau comme s'il avait été une pompe. Il faisait
plam, plam, plam, l'eau jaillissait. Alors moi, au pas de course et au
galop"
(éd. 'ultreïa, 1988, p.46)
|
|
|
|
Bureau des bateliers du courant d'Huchet
rue des berges du lac 40550 Leon
Tel : 0558487539
dernière mise à jour le : 18/06/2001
antoine Serafim